
À la fin des années 90, la Mitsubishi Evo et la Subaru Impreza WRX se livrent l'une des rivalités les plus pures de l'histoire automobile : deux berlines familiales gavées de turbo, à transmission intégrale, conçues uniquement pour homologuer leurs sœurs WRC. Là où Mitsubishi opte pour un 4 cylindres en ligne, Subaru reste fidèle à son architecture signature — un quatre cylindres à plat, le boxer EJ207. Centre de gravité bas, sonorité unique, et un caractère mécanique qui ne ressemble à rien d'autre. La génération GD/GDB sera l'âge d'or de cette rivalité : trois faces successives (Bugeye, Blobeye, Hawkeye), trois titres mondiaux pour le pilote norvégien Petter Solberg en 2003, et une floraison de versions JDM rares (S202, S203, S204, Spec C, RA-R, Tommi Mäkinen Edition). Quand la production de la berline s'arrête en 2007, l'Impreza change de carrosserie pour devenir un hatchback — et perd, pour une partie des fans, sa silhouette définitive.
Pendant dix ans, Mitsubishi et Subaru ont mené la même guerre — avec deux philosophies de moteur opposées.
À la fin des années 90, deux constructeurs japonais se livrent en championnat du monde des rallyes la rivalité la plus emblématique de l'histoire moderne du sport : Mitsubishi avec son Evo et le bloc 4G63 en ligne, Subaru avec son Impreza WRX STi et le boxer EJ207. Deux écoles de pensée pour la même mission : faire gagner une berline familiale gavée d'un turbo. L'Impreza domine en 1995 avec Colin McRae, en 1996 avec lui encore, en 1997 avec McRae et Liatti. Mais la deuxième moitié de la décennie voit les Evo VI et VII reprendre la main.
L'année 2000 marque l'arrivée de la deuxième génération d'Impreza — la GD/GDB. Pendant sept ans, trois visages successifs se succéderont : la Bugeye (2000—2002) aux phares ronds proéminents, la Blobeye (2003—2005) aux phares effilés, et la Hawkeye (2005—2007) aux phares en goutte. Au volant, le pilote norvégien Petter Solberg offre à Subaru son troisième et dernier titre des constructeurs en 2003, juste avant que le team Prodrive ne se retire du WRC. Au Japon, les éditions JDM se multiplient — Tommi Mäkinen Edition en hommage au champion finlandais, Spec C pour l'homologation, et la triade collector S202/S203/S204 des Subaru Technica International. Quand la berline cède la place à la 3ᵉ génération hatchback en 2007, l'Impreza perd sa silhouette de berline trois volumes. Pour beaucoup d'amateurs, elle perd aussi son âme.
L'architecture flat-four boxer de Subaru n'est pas un caprice esthétique. Elle place le centre de gravité du moteur beaucoup plus bas que pour un 4 en ligne classique, ce qui se ressent immédiatement dans le comportement en virage. Couplée à la transmission intégrale symétrique (signature absolue de la marque), elle donne à l'Impreza une motricité et une stabilité que l'Evo ne reproduit qu'au prix de réglages électroniques complexes. La différence se mesure aussi à l'oreille : la longueur inégale des collecteurs d'origine produit le célèbre « burble » — une sonorité de battement à régime moyen qui n'appartient qu'aux Subaru turbo.
Avec une Subaru, on n'a pas besoin de comprendre la voiture. On a besoin de lui faire confiance.
— Petter Solberg, après son titre WRC 2003
La première phase « Bugeye » aux phares ronds proéminents — surnom affectueux qui n'a jamais été démenti. EJ207 280 ch, DCCD manuel, boîte 6 rapports, freins Brembo. Tout est déjà là.
Restylage 2003. Phares effilés, calandre revue, montée en couple à 422 Nm grâce à un turbo IHI revisité. Coïncide avec le titre WRC de Petter Solberg en 2003 — la voiture qui a tout gagné.
Dernier restylage avant la transition hatchback. Phares en goutte d'œil de faucon, calandre redessinée, intérieur amélioré, DCCD plus rapide. La STi berline dans sa forme la plus aboutie.
Versions allégées et préparées pour le marché japonais : Spec C (homologation rallye), S203 (Blobeye, 555 ex.) et S204 (Hawkeye, 600 ex.). Renforts moteur, suspension Bilstein, freins agrandis. Le sommet de la lignée.
Comme la 200SX et l'Evo IX, la STi GDB est l'une des youngtimers les plus modifiées et trackées au monde. La quasi-totalité des exemplaires ont vu un échappement aftermarket, une reprogrammation ECU, parfois une refonte turbo complète. Une STi GDB véritablement d'origine, avec son ECU stock, ses turbos d'usine et un faible kilométrage, est devenue extrêmement rare — et ses cotes s'en ressentent. Faire expertiser le compartiment moteur et exiger l'historique d'entretien est non négociable.
Le boxer EJ207, le DCCD et l'intégrale symétrique, point par point.
Modèle 3D · 8 points d'intérêt
Là où Mitsubishi a choisi un système électronique sophistiqué (ACD + AYC sur l'Evo IX), Subaru a misé sur une approche mécanique et géométrique. La transmission intégrale est dite symétrique parce que tous les arbres de transmission sont parfaitement alignés avec l'axe longitudinal de la voiture — ce qui n'est possible que parce que le moteur boxer est plat. Couplé au DCCD (différentiel central à pilotage manuel par molette) hérité directement de la WRC, l'ensemble donne au conducteur un contrôle direct sur la répartition du couple. C'est l'équivalent Subaru du PPF de la MX-5 : la décision architecturale invisible qui définit tout le comportement de la voiture — et qui n'a jamais été remise en cause en 50 ans de production.
| Année | Édition | Marché | Production | Particularités |
|---|---|---|---|---|
| 2001 | Tommi Mäkinen Edition | Mondial (UK / Europe) | Faible volume | Hommage à Tommi Mäkinen, quadruple champion du monde WRC qui rejoint l'équipe Subaru en 2002. Livrée bleu WRC à bandes blanches, jantes Speedline, intérieur Recaro spécifique. |
| 2002 | S202 STi | Japon | ≈ 400 ex. | Dernière Bugeye préparée par STi. Allègements, suspension Bilstein, becquet carbone, 320 ch. La fin de l'ère Bugeye en feu d'artifice. |
| 2005 | S203 STi | Japon | 555 ex. | Édition Blobeye coïncidant avec le titre Petter Solberg 2003. Calibration moteur revue, suspension Bilstein, jantes BBS forgées, 320 ch. La voiture symbole de l'ère Solberg. |
| 2005 | Spec C | Japon | Faible volume | Version d'homologation rallye et de track day. Allègement intégral (1 390 kg), close-ratio, climatisation et autres équipements supprimables. La base préférée des préparateurs. |
| 2006 | S204 STi | Japon | 600 ex. | Édition Hawkeye finale. Capot carbone optionnel, suspension Bilstein, intérieur premium cuir, plaque numérotée. La dernière S de la berline GDB — collector absolu. |
| 2006 | RA-R | Japon | 300 ex. | Version la plus dépouillée et la plus radicale de la Hawkeye. Pas de clim de série, sièges Recaro fixes, échappement HKS, freinage agrandi. La Spec C poussée à son paroxysme. |
Le boxer EJ207 est solide mais l'historique d'entretien décide de tout. Sur cette voiture, plus que sur la 200SX ou l'Evo, le risque vient des préparations bricolées et des distributions ratées.
Refuse net si tu observes : fumée bleue persistante à la remise de gaz · claquement de bas moteur sur un boxer chaud (coussinets de bielle) · « tune » ECU sans facture ni passage au banc · rouille structurelle sur longerons ou tabliers · historique de circuit sans entretien renforcé documenté · DCCD défaillant ou voyants permanents · modification du système d'admission sans gestion adaptée.
Comme l'Evo IX et la R34, la STi GDB est en pleine revalorisation — particulièrement les Spec C, S203, S204 et RA-R rarissimes importées du Japon. Les exemplaires d'origine se vendent désormais aux prix des sportives premium contemporaines.
| Configuration | État moyen | Bon état | Excellent / origine |
|---|---|---|---|
| WRX STi Bugeye (2000—2002) | 15—22k € | 24—32k € | 35—48k € |
| WRX STi Blobeye (2003—2005) | 18—24k € | 26—36k € | 40—55k € |
| WRX STi Hawkeye (2005—2007) | 20—26k € | 28—40k € | 45—60k € |
| Spec C (import JDM) | 25—35k € | 38—50k € | 55—75k € |
| S203 / S204 / RA-R (collector) | — | 50—70k € | 80—110k € |
Le EJ207 est un moteur de référence pour la préparation — capable de 400—500 ch sur ses internes d'origine, jusqu'à 700 ch en moteur forgé. La règle d'or : sur les éditions collector (S203, S204, RA-R), on ne touche à rien. Sur les STi standard, le potentiel est massif — à condition de préparer en bloc cohérent (turbo + carburant + gestion).
Ligne complète 3 pouces (HKS, Invidia, Cobb). Réveille le « burble » Subaru et libère quelques chevaux.
Filtre conique, durites silicone, contrôleur de pression. Réponse turbo plus vive sans modifier le hardware.
Cartographie sur mesure au banc. ~320—350 ch fiables sur le turbo d'origine.
Le combo référence : ~400—450 ch avec turbo plus généreux, injecteurs et carburation revus. Le pas à franchir pour la piste.
Tein, BC Racing ou Öhlins. Exploite enfin le potentiel châssis de la STi sans casser le confort routier.
Embrayage compétition pour encaisser le couple supplémentaire — indispensable au-delà de 400 ch.
Bloc forgé (pistons, bielles, vilebrequin), augmentation de cylindrée. 600—700 ch en toute fiabilité.
Dog box ou séquentielle complète. Passages éclair, fiabilité piste — la STi de rallye au garage.
Cage multipoints, aéro, allègement, baquets, refroidissements. La Spec C de compétition complète.